
Chapitre 21 Le bonsoir
« Bonsoir… »
Le mot sort presque tout seul, plus bas que tu ne l'aurais cru, à moitié pris par la neige. Tu ne sais même pas s'il l'a atteinte. Rien ne bouge. La capuche reste penchée, les bras autour des jambes, et pendant une seconde tu te dis que tu as parlé au mur.
Puis la tête se relève. Lentement. La capuche découvre un peu de son visage, et son regard monte jusqu'au tien — pas de côté, pas en glissant comme sur les autres. Sur toi. Elle te regarde vraiment, une évaluation rapide, précise, qui pèse en un instant ce que tu vaux et ce que tu veux.
« Bonsoir. »
Sa voix est basse, un peu rauque de froid. Rien de plus qu'un mot. Mais un mot qu'elle te rend, quand elle aurait pu ne rien rendre du tout. Pas de sourire, pas d'attente affichée. Juste ça : elle a répondu.
Un bonsoir ne se refuse pas. C'est la dernière politesse qui tient quand tout le reste a lâché, celle qu'on échange entre gens qui ne se doivent rien. Tu viens de la traiter comme n'importe qui — et n'importe qui, pour elle, ça ne doit pas arriver souvent.
Le regard tient une seconde encore. Puis il redescend vers le mouchoir, vers la rue, reprend sa veille. La porte automatique souffle derrière vous. Un passant vous contourne. La neige continue de tomber, fine, droite, indifférente.
Elle a répondu, mais elle ne portera pas la suite. Ce bonsoir, c'était une boucle refermée — polie, complète, close. Si quelque chose doit s'ouvrir maintenant, c'est à toi de le tenter.