
Chapitre 43 Un peu
« Vous avez pas froid ? »
La question sort toute seule, et tu l’entends résonner un peu bête à peine dite. Bien sûr qu’elle a froid. Elle est assise dans la neige, le dos contre un mur gelé, depuis un temps que tu ne peux pas mesurer. La réponse est là, évidente, sous tes yeux.
Elle relève la tête. Un temps. Son regard te cherche, s’arrête sur toi, et il y passe quelque chose de bref — pas de la moquerie, mais pas loin. L’ombre d’un sourire qui ne va pas jusqu’au bout.
« …Un peu. »
C’est tout. Deux mots, posés à plat, sans la moindre plainte. Elle ne roule pas des yeux, ne soupire pas sur sa condition. Elle constate, comme on répond à quelqu’un qui demande l’heure. Et dans ce « un peu » retenu, il y a plus de dignité que dans n’importe quelle liste de malheurs.
Tu sens que la question, aussi vaine soit-elle, n’était pas rien. Tu ne lui as pas demandé d’où elle vient, ce qu’elle a fait, pourquoi elle est là. Tu lui as demandé si elle avait froid — comme on le demande à quelqu’un dont on se soucie un instant. C’est une petite chose. Elle l’a reçue comme une petite chose, ni plus ni moins.
Le froid, justement, est là, partout, entre vous. Il ne va nulle part. La neige continue de tomber, fine, régulière, se pose sur ses épaules et sur les tiennes sans distinction.
Elle attend, maintenant. Pas grand-chose. Juste de voir si ta question appelait une suite, ou si elle en restera là, comme tant d’autres.