
Chapitre 23 La main
Tu te penches. La main s'avance, presque d'elle-même, vers son épaule — un geste de réconfort, celui qu'on ferait pour n'importe qui d'accroupi dans le froid. Rien de calculé. Juste une main qui veut dire : je suis là.
Elle ne le voit pas comme ça.
Le mouvement est immédiat. Son épaule se dérobe, tout le corps se rejette contre le mur, et sa tête se relève d'un coup — la capuche glisse, le regard te cloue. Pas de la peur. Autre chose, de plus dur, de plus rapide : une garde qui se lève d'un bloc, un réflexe rôdé par trop de nuits pareilles.
« Me touchez pas. »
La voix est basse, nette, sans tremblement. Ce n'est pas une prière. C'est une frontière, posée là, entre ta main et elle. Son bras s'est replié devant elle, épaule rentrée, prête. Elle ne crie pas — pas encore. Elle attend de voir ce que tu fais de ce mot. Ta main reste suspendue dans l'air froid, à mi-chemin, brusquement inutile. Tu la sens ridicule, cette main. Tu croyais tendre quelque chose ; elle, elle a vu une inconnue s'avancer vers son corps, dans la nuit, sans qu'elle l'ait demandé. Entre les deux, tout l'écart du monde.
Le seuil éclairé n'est pas loin. Un client ralentit, jette un œil, hésite, puis détourne les yeux. La neige tombe entre vous, indifférente à qui a raison. Rien n'est encore cassé pour de bon. Mais quelque chose s'est tendu, d'un coup, qui ne se détendra pas tout seul. Ce que tu fais de cette main, maintenant, décide de la suite.