Chapitre 49 Ils ferment bientôt

Tu ne dis rien. Tu ne t'en vas pas non plus. Tu restes debout là, à un mètre d'elle, les mains dans les poches, et tu laisses le silence s'installer. Ce n'est pas une stratégie. Tu n'attends rien de particulier. Tu es simplement là.

Elle le sent tout de suite. Sa nuque se raidit, imperceptiblement. Quelqu'un qui reste sans parler, c'est quelqu'un qui prépare quelque chose — sa main se rapproche de sa poche, ses pieds se calent sous elle. Prête. Elle a appris à ne jamais donner son dos au silence. Alors tu restes, et rien ne se passe. Rien. Pas un geste vers elle. Pas une question. Pas cette phrase qui commence toujours par « moi je pense que » et qui finit toujours par la ranger dans une case. Le silence tient, il ne se transforme pas.

Peu à peu, sa main quitte sa poche. Ses épaules redescendent d'un demi-souffle. Elle ne te regarde plus. Elle ne te surveille plus non plus — c'est différent, et tu ne saurais pas dire comment tu le sais. Le seuil éclairé continue son manège. Un client sort, un autre entre. La neige tombe, tranquille, sur le mur, sur ses chaussures, sur le mouchoir aplati. Le froid te gagne les pieds. Tu ne bouges pas.

Et puis, sans lever la tête, sans que rien ne l'y oblige :

« Ils ferment bientôt. »

Trois mots. Rien du tout. Une information sur le monde, pas sur elle. Mais c'est elle qui les a dits, et elle les a dits à quelqu'un — donc à toi.

La neige continue. Tu es toujours là. Elle le sait, et elle a parlé quand même.

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