Chapitre 47 Enchantée

Tu dis ton prénom.

Rien d'autre. Pas d'explication, pas de préambule, pas de raison. Juste ton prénom, posé dans le froid, offert comme on tend quelque chose sans savoir si l'autre le prendra. C'est bête, un prénom. Trois syllabes, deux peut-être. Ça ne réchauffe personne, ça ne remplit aucun ventre. Et pourtant, en le disant, tu sens que tu viens de faire un pas — celui de cesser d'être un inconnu debout au-dessus d'elle.

Elle relève la tête. Cette fois, elle prend son temps. Son regard fait le tour de toi, s'arrête, revient. Elle cherche l'arnaque, le prix caché, ce qu'il va falloir donner en échange. Elle a l'habitude qu'on lui prenne quelque chose quand on lui parle. Rien ne vient. Tu n'ajoutes pas de question. Tu ne réclames pas la réciprocité. Tu as donné, c'est tout. Quelque chose passe alors sur son visage — pas un sourire, non. Juste le coin d'une bouche, une fraction de seconde, et cette lueur brève qu'ont les gens qui pensent une chose sans la dire.

« Enchantée. »

Le mot tombe, absurde, parfait. Il y a tout dedans : la politesse mécanique qu'on se lance dans les salons, servie ici, entre le mur humide et les pièces sous la neige. Elle sait exactement ce qu'elle vient de faire. Toi aussi. Et c'est peut-être la première chose que vous partagez. Elle ne dit pas son prénom. Elle n'a rien promis. Mais sa garde a bougé. Pas tombée — bougée. Le bras s'est un peu détendu contre ses jambes, les épaules ont perdu un demi-centimètre de crispation. Des riens. Des riens qui, dans son monde à elle, valent quelque chose.

La neige tombe entre vous. Elle attend, sans presser, de voir ce que tu feras de ce demi-centimètre.

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