Chapitre 25 La nuit se referme

Tu t'éloignes. La neige craque, puis se tasse, puis se tait sous tes pas. Derrière toi, la lumière de la vitrine décroît, dépose une dernière fois ton ombre longue sur le trottoir, et te lâche. Le froid reprend toute la place. Tu remontes le col, enfonces les mains dans les poches.

Tu ne te retournes pas. Il n'y a pas de raison — et c'est justement ça qui pèse un peu, ce vide de raison. Personne ne t'a rien demandé. Tu n'as rien promis. La rue est pleine de gens qui font exactement ce que tu fais là, mettre un pied devant l'autre, rentrer au chaud. Rien de plus normal. Le raisonnement se déroule, lisse, imparable, et il tient presque tout le long du trottoir. La ville te reprend. Un feu qui passe au vert sur une avenue vide. Une porte de bar qui s'ouvre sur un peu de bruit, se referme. Des fenêtres allumées, jaunes, chacune avec sa vie derrière. Le monde continue, immense, occupé, et il t'y refait une place sans effort.

Derrière toi, déjà loin, une silhouette repliée contre un mur. La neige tombe sur elle comme elle tombe sur tout le reste, sans choisir. Elle attend. Ce n'est plus ton affaire — ça ne l'a peut-être jamais été.

Tes traces se comblent une à une. Bientôt il n'y aura plus rien pour dire que tu es passé par là, que tu t'es arrêté un instant, que tu as vu. La chaleur t'attend quelque part devant. Tu marches vers elle.

Et la nuit se referme, doucement, sur ce que tu n'as pas fait.

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