
Chapitre 29 Les mots ne coûtent rien
Le téléphone descend. Ton bras retombe le long de ton corps, l'écran tourné vers le sol, comme si le cacher pouvait défaire quelque chose.
« Pardon. Je n'aurais pas dû. »
Ça sort vite, trop vite peut-être. Ta voix est basse, sincère. Tu le penses vraiment — tu as vu son visage, tu as compris ce que tu venais de prendre.
Elle ne bouge pas. Sa main est retombée, mais la capuche reste serrée. Elle te regarde, et il n'y a rien dans ce regard qui ressemble à du pardon. Pas de colère non plus. Juste une attention froide, exacte, celle qu'on porte à quelqu'un dont on attend un geste précis. Parce qu'elle n'a pas demandé d'excuses. Elle a demandé autre chose.
Le silence s'étire. Ton pardon flotte entre vous, léger, inutile, et tu commences à mesurer la distance entre ce que tu viens de dire et ce qu'elle t'a demandé de faire. Les mots ne coûtent rien. Ils te soulagent, toi. Ils ne lui rendent rien. Ses yeux quittent ton visage. Ils descendent le long de ton bras, jusqu'à ta main. Jusqu'à l'écran noir tourné vers la neige.
Ils s'y arrêtent. Elle ne répète pas. Elle l'a dit une fois, clairement, et elle ne va pas mendier deux fois la même chose. C'est là, entre vous, aussi présent que si elle venait de le redire : la photo existe encore. Elle est dans ta poche, dans ta main, dans cette machine tiède. Et tant qu'elle existe, ton pardon ne veut rien dire. Le passant qui avait ralenti s'est arrêté, un peu plus loin. Il regarde. La neige tombe entre vous trois.
Ton pouce est posé sur l'écran. Il n'a pas bougé.