
Chapitre 107 Devant elle
Ton pouce bouge enfin.
Tu ne dis rien — il n'y a rien à dire qui vaille ce que tu es en train de faire. Tu tournes l'écran vers elle, assez pour qu'elle voie, et tu ouvres la photo. Elle est là, entre vous deux, éclairée dans le froid : la capuche, la mèche rousse, les pièces alignées sous la neige.
Puis tu appuies. La corbeille, la confirmation, le petit délai avant que l'image disparaisse. Tu gardes l'écran tourné vers elle pendant tout le temps que ça prend.
L'image s'efface.
Il ne reste que le fond noir de l'écran, la neige qui tombe dedans en reflet, et le silence.
Elle regarde, jusqu'au bout. Elle ne détourne pas les yeux, ne hoche pas la tête, ne fait aucun de ces gestes par lesquels on remercie. Parce qu'il n'y a rien à remercier. Tu n'as pas fait quelque chose de bien — tu as rendu ce que tu avais pris. Ce n'est pas la même chose, et elle le sait mieux que toi.
« Voilà, » dit-elle simplement.
Un mot. Pas de la gratitude, pas du pardon. Un constat : la chose est faite. L'incident est clos.
Un peu plus loin, le passant qui s'était arrêté reprend sa route. Il n'a plus rien à surveiller. Ses pas s'éloignent dans la neige tassée, et la rue redevient ce qu'elle était.
Tu ranges le téléphone. Ta main est vide, ta poche est vide, et c'est étrangement léger.
Elle a resserré sa capuche mais elle ne s'est pas refermée complètement. Sa garde est haute — normal, tu ne pars pas d'un bon endroit. Mais elle est encore là, et toi aussi, et rien n'est définitivement scellé.
La neige continue de tomber entre vous. Sur le mouchoir, sur les pièces, sur ce qui n'existe plus dans ta machine.