Chapitre 59 Plus tard

« Je l'efface. Promis. Plus tard, en rentrant. »

Ça sort tout seul, et ça sonne presque bien. Raisonnable. Tu ne refuses pas — tu diffères. Tu gardes la photo et la bonne conscience dans le même mouvement, le butin et l'absolution, sans rien lâcher de l'un ni de l'autre. C'est confortable, « plus tard ». Ça ne coûte rien à dire. Ça ne se vérifie jamais.

Elle te regarde. Elle ne discute pas, ne supplie pas, ne répète pas sa demande. Elle a compris avant même que tu finisses ta phrase. « Plus tard » — elle connaît ce mot. C'est celui qu'on emploie pour ne pas dire « jamais » en face.

« Bien sûr, » dit-elle.

Deux mots. Posés à plat, sans un gramme de colère. Et dans ce « bien sûr » qui ne croit à rien, il y a tout : elle sait que tu ne l'effaceras pas, elle sait que tu sais, et elle sait surtout que le pire n'est pas la photo. Le pire, c'est que tu aies besoin de te mentir pour la garder. Tu recules. Elle te laisse partir avec ta promesse, cette chose légère qui ne pèsera plus rien dans dix minutes. Et elle a raison. Tu te le promets encore, en marchant — ce soir, en rentrant. Puis demain, sûrement. Puis le fichier reste, quelque part dans la machine, et la promesse, elle, s'efface bien avant la photo.

« Plus tard » n'arrive jamais. Elle le savait déjà. Maintenant, toi aussi.

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