Chapitre 85 La voix qui monte

Ta voix monte. Pas d'un coup — par degrés, cette manière qu'a la colère de se convaincre d'avoir raison à mesure qu'elle s'emballe. Tu ne sais plus très bien ce que tu dis, exactement. Les mots sortent, défensifs, plus forts qu'il ne le faudrait, et la rue les entend.

Elle, non.

Ou plutôt : elle entend, et elle ne répond pas. Elle a fermé quelque chose, là, à l'intérieur, un rideau tiré derrière ses yeux qui fait que ta voix n'atteint plus rien de vivant. Elle a appris ça aussi — comment laisser le bruit passer au-dessus sans que le bruit l'atteigne. Ta colère ne lui appartient pas. Elle ne la prendra pas.

C'est le passant qui bouge, pas elle.

Il s'approche. Pas en courant — d'un pas calme, décidé, celui de quelqu'un qui a regardé assez longtemps et décidé que c'était suffisant. Il ne te parle pas. Il se place juste entre ta voix et elle, dos à toi, et il lui dit quelque chose à voix basse que tu n'entends pas.

Elle lui répond deux mots. Il hoche la tête.

Puis il se retourne vers toi. Il ne dit rien non plus. Il attend, simplement, que tu aies fini.

Ta voix s'arrête d'elle-même. Il n'y a plus personne à qui la destiner.

La neige tombe. Le seuil éclairé souffle son air tiède. Tu es debout dans le froid avec ta colère qui refroidit et deux personnes qui t'attendent, en silence, que tu t'en ailles.

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