
Chapitre 97 Ce que le silence contient
Tu ne dis rien.
Pas parce que tu n'as rien à dire. Parce que ce qui vient de se passer entre vous n'appelle pas de suite immédiate, et que tu le sens, et que pour une fois tu fais confiance à ce que tu sens.
Le silence s'installe. Différent de celui du début — plus chargé, moins vide. Celui du début était un espace entre deux inconnus. Celui-là est autre chose : l'espace entre deux personnes qui ont échangé quelque chose, même un peu, même de biais, et qui laissent ce quelque chose exister sans le recouvrir tout de suite de mots.
Elle ne comble pas non plus.
Elle est toujours là, à sa place, le dos contre le mur. Sa respiration fait de petits nuages dans le froid. Ses mains ont trouvé un angle où elles tiennent chaud. Elle ne te surveille plus — elle te tolère, et c'est différent, et tu ne saurais pas dire comment tu le sais, mais tu le sais.
Le lampadaire vacille une fois, deux fois. Un client sort de la supérette, vous contourne sans vous voir. La neige tombe sur le mouchoir, sur les pièces, sur vos épaules à distance égale.
Le froid est réel. Le silence aussi. Et dans ce silence, quelque chose respire.
Tu restes.