
Chapitre 95 Ce dont elle aurait besoin
La question est sortie. Elle flotte maintenant entre vous, précise, un peu trop grande pour la rue.
Elle ne répond pas tout de suite.
Son regard monte vers toi, s'y pose, et tu vois quelque chose travailler là-dedans — pas de la méfiance exactement, autre chose. Le soin de quelqu'un qui pèse une réponse avant de la donner, qui sait que ce qu'elle va dire va changer quelque chose, dans un sens ou dans un autre. La question était simple. La réponse ne l'est pas.
Les gens ont posé cette question avant toi, sans doute. Avec des sourires, des stylos, des formulaires. Avec de la pitié ou de l'efficacité. Elle a appris à calibrer ce qu'elle dit selon ce qu'elle voit — ce que la personne en face peut vraiment entendre, et ce qu'elle va faire de la réponse.
Elle te regarde encore. Elle calibre.
La neige tombe entre vous, fine, régulière. Le seuil éclairé souffle son air tiède. Quelque part derrière la vitrine, la caisse bipe une dernière fois.
Puis elle dit quelque chose. Deux mots, trois peut-être. Posés à plat, sans plainte, sans attente particulière — juste ce qu'il y a, dit simplement, à quelqu'un qui a posé la question et qui méritait une réponse.
Tu l'entends. Tu la reçois. Et maintenant c'est toi qui dois décider ce que tu en fais.