Chapitre 87 Ce qui se porte

Tu déroules l'écharpe. Le geste est lent, un peu maladroit — on ne sait jamais bien comment faire ça, retirer quelque chose qu'on porte depuis des heures. Elle est encore chaude entre tes mains. Tu la tiens vers elle, sans un mot, sans t'approcher davantage.

Elle ne tend pas la main tout de suite.

Elle regarde l'écharpe. Pas toi — l'écharpe. Son regard fait le tour de l'objet, comme on évalue quelque chose qu'on ne comprend pas encore tout à fait. Une pièce, elle sait ce que c'est. Un sandwich, aussi. Mais ça — un vêtement qu'on portait, encore tiède de quelqu'un d'autre — c'est différent. Ça dit autre chose. Ça dit : je te donne quelque chose qui était sur moi.

Le froid entre aussitôt dans ton cou. Tu ne le ramènes pas pour autant.

Elle réfléchit. Tu le vois à la façon dont ses épaules bougent imperceptiblement, dont ses yeux remontent vers toi une fraction de seconde avant de redescendre sur l'objet. Elle pèse. Pas la générosité — ce qu'elle lui coûtera, à elle. Une écharpe se voit. Une écharpe se porte dans la rue, demain, après-demain. Une écharpe fait partie de ceux qui la portent.

Puis sa main sort de sa manche. Lentement. Elle prend l'écharpe par un bout, la tire doucement vers elle, sans te regarder — comme si le fait de ne pas croiser ton regard rendait le geste plus neutre, plus à elle.

Elle la tient. Elle ne la met pas encore. Elle la tient, juste.

La neige tombe entre vous, sur tes épaules maintenant découvertes. Le froid est réel, immédiat. Et quelque chose vient de changer de main.

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