
Chapitre 17 L’attente
Tu fouilles ta poche. La pièce est froide entre tes doigts. Tu te penches, tu la poses sur le mouchoir, près des autres — un tintement bref, puis plus rien.
Et tu restes.
Tu ne sais pas très bien pourquoi. Le geste appelait la suite logique : se redresser, repartir, laisser la nuit reprendre. Ton corps ne l’a pas fait. Tes pieds sont toujours là, plantés dans la neige tassée, à un mètre d’elle.
Elle a vu. Un mouvement infime de la capuche, un regard qui monte jusqu’à toi — pas de la gratitude. Une évaluation. Quelqu’un qui donne et qui reste, c’est quelqu’un qui attend quelque chose. Tu la sens faire le calcul, là, sous le tissu : quoi, combien, jusqu’où. Puis le regard redescend. Les épaules se resserrent d’un cran, à peine, et elle retourne à son immobilité.
Le silence s’installe entre vous, et il n’est pas confortable. Les portes automatiques soufflent leur air tiède. Un client sort, te contourne — tu es dans le passage, maintenant, un obstacle de plus sur le trottoir. Le lampadaire vacille au-dessus de vous, blanchit la neige une seconde, la rend terne la suivante.
Qu’est-ce que tu attends, au juste ? Un merci ? Un regard ? Que quelque chose se passe qui donne un sens à ta pièce ? Tu n’en sais rien toi-même, et c’est bien ça, le plus inconfortable.
La neige continue de tomber. Elle se pose sur le mouchoir, sur les pièces, sur la tienne aussi — qui déjà ne se distingue plus des autres.
Elle ne dira rien. Pas tant que tu seras debout là, à attendre elle ne sait quoi. C’est à toi de faire quelque chose de cette attente.