Chapitre 101 Si tu reviens

Tu proposes quelque chose. Un geste concret, utile — aller chercher de quoi la réchauffer, la soulager un peu, maintenant, tout de suite. Ça part d'un bon mouvement. Ça semble simple.

Ça ne l'est pas.

Parce que pour faire ça, il faut que tu la quittes. Quelques minutes, pas plus. Le temps d'aller, de revenir. Mais ces quelques minutes, elle les connaît. Elle sait ce qu'elles valent, ce qu'elles cachent parfois. Combien de « je reviens » ne sont jamais revenus. Combien de gens partent avec la bonne conscience du geste annoncé, et laissent l'attente faire le reste du travail.

Tu le vois sur son visage — pas de la déception, pas encore. Un calcul. Elle pèse ta phrase, comme elle pèse tout. Est-ce que tu vas vraiment revenir ? Et si tu reviens, est-ce que ce sera avec ce que tu as dit, ou avec autre chose, quelque chose de plus lourd, quelque chose qui obligera ?

Elle ne dit rien de tout ça. Elle hoche à peine la tête. Un accord minimal, prudent, qui ne s'engage sur rien. Elle ne va pas t'attendre à proprement parler — elle va rester là parce qu'elle est là de toute façon, et si tu reviens, tu reviens.

C'est ça qu'elle t'accorde : pas de la confiance. Juste la permission de faire tes preuves.

Le seuil éclairé est là, à quelques pas. La chaleur, les rayons, le retour possible dans le froid. La neige tombe entre vous, patiente, sans prendre parti.

Tout va se jouer sur ce que tu fais de ces quelques pas.

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