Chapitre 71 Ni l’un ni l’autre
Tu ne bouges pas.
Ta main reste où elle est, suspendue à mi-chemin entre elle et toi, ridicule, et le reste de ton corps ne fait rien pour la rejoindre. Tu ne recules pas. Tu n’insistes pas. Tu restes exactement là où sa phrase t’a cloué, sans savoir quoi faire de ce qu’il te reste à faire.
Elle attend. Son bras est toujours replié devant elle, sa garde toujours levée, et elle te regarde ne rien décider. Ça dure. Une seconde de trop, puis une autre.
C’est elle qui doit faire quelque chose de ton immobilité, puisque tu n’en fais rien toi-même.
Elle se redresse contre le mur, remonte les genoux, referme un peu plus l’espace autour d’elle — pas pour se protéger de toi précisément, mais de cette indécision qui traîne, qui ne se résout pas, qui pèse plus qu’un geste franc, qu’il soit brutal ou tendre. Une main qui recule, elle sait la lire. Une main qui insiste, aussi. Une main qui reste juste là, suspendue, sans direction : ça, elle ne sait pas quoi en faire, et ça l’oblige à porter, seule, le poids de trancher.
Alors elle tranche. Elle détourne les yeux, la première. Elle referme la conversation avant que tu ne trouves comment le faire toi-même.
Ta main finit par redescendre, toute seule, comme si elle avait renoncé avant toi.
Tu t’éloignes, un peu plus tard que tu ne devrais, avec cette chose sans nom qui te suit : tu n’as rien fait de mal, tu n’as rien fait de bien non plus. Tu n’as rien fait.