
Chapitre 33 Sans un mot
Tu recules.
Le corps décide avant toi. Un pas en arrière, puis deux, et déjà tes jambes ont pris la rue. Tu ne dis rien. Il n'y a rien à dire — ou plutôt, tout ce que tu pourrais dire sonnerait faux, alors tu ne dis rien du tout, et ce silence-là est le plus lourd de la nuit.
Derrière toi, la lumière du seuil. Des yeux, peut-être. Une voix, peut-être, qui monte dans le froid et que tu n'écoutes pas.
Tu ne te retournes pas.
Tu marches vite. Trop vite. La neige tassée glisse sous tes semelles et tu manques de tomber, tu te rattrapes, tu continues. Ton souffle sort en petits nuages hachés. Ton cœur cogne dans ta gorge, absurdement fort pour quelqu'un que personne ne poursuit.
Parce que personne ne te poursuit. Voilà la vérité que tes jambes n'ont pas encore comprise.
Elle n'a pas bougé. Elle ne te suivra pas. Elle n'a jamais voulu ça — elle voulait seulement que tu t'arrêtes, et tu t'es arrêté, à ta manière, en fuyant. Elle est déjà en train de remettre les choses en place. De reprendre son coin de mur. De recommencer à attendre, comme avant, comme si tu n'avais été qu'un courant d'air un peu plus froid que les autres.
Le coin de la rue arrive. Tu le tournes sans ralentir.
La ville te reprend, indifférente, avec ses fenêtres jaunes et ses voitures lointaines. Le froid entre dans ta gorge à chaque inspiration. Tu marches encore un moment avant que ton pas retrouve un rythme normal.
Et bien plus tard, quand ton souffle sera calme, quand tes mains auront cessé de trembler, il restera cette chose simple et sale : tu es parti sans un mot.