
Chapitre 15 À distance
Tu ne pars pas. Tu ne t’approches pas non plus. Tu restes là, un peu en retrait, à la lisière du halo que la vitrine étale sur le trottoir, et tu regardes.
D’abord, il n’y a qu’une silhouette repliée. Puis, à mesure que ton regard s’attarde, les détails remontent. La façon dont elle a calé son dos contre le mur, à l’endroit exact où l’auvent retient un peu la neige. Le mouchoir disposé devant elle, les pièces alignées — pas jetées, alignées, un soin qui en dit long. Une boucle d’oreille accroche la lumière quand elle bouge à peine : une forme fine, argentée, un petit crayon stylisé.
Les gens entrent, sortent. Un sac qui se balance, un téléphone collé à l’oreille, un regard qui glisse sur elle sans s’arrêter. Elle ne tend pas la main vers eux. Elle attend, simplement, à l’endroit du passage, là où il y a du monde et de la lumière.
Elle relève les yeux une fois, balaie la rue, et son regard te frôle. Pas de peur. Une évaluation rapide, précise — elle t’a vu, elle a jaugé la distance, et elle a décidé que tu n’étais, pour l’instant, ni une menace ni une présence. Puis elle retourne à sa veille.
Un employé sort, pousse un caddie abandonné vers l’entrée, rentre un présentoir.
Quelque chose, dans le rythme de la rue, commence à ralentir.
Tu pourrais rester encore. Ou bien franchir les quelques pas qui te séparent d’elle.