
Chapitre 31 Un bruit qui passe
Tu ne pars pas. Tu restes là, le souffle court, avec cette phrase qui traîne encore quelque part entre vous. Tu cherches. Quelque chose à ajouter, à préciser, à retourner. N'importe quoi qui ferait bouger cette capuche baissée. Rien ne vient. Ta bouche s'ouvre, se referme. Et c'est là que tu comprends une chose désagréable : tu attends une réponse. Tu en as besoin. Tu voudrais qu'elle relève la tête, qu'elle se défende, qu'elle t'insulte même — n'importe quoi plutôt que ce vide. Tu as parlé pour être entendu, et personne ne t'a entendu. Elle bouge, enfin. À peine. Ses mains rentrent un peu plus dans ses manches. Son dos se recale contre le mur, cherche l'angle où l'auvent retient la neige. Un ajustement minuscule, précis, pour le froid. Pas pour toi. C'est ça, le pire. Ce n'est même pas qu'elle t'ignore — ignorer, c'est encore une action, ça demande un effort. Elle a simplement autre chose à faire. Le froid est réel. Le mur est réel. Le mouchoir sous la neige, les pièces dessus, la fermeture qui approche, tout ça est réel. Toi, tu es un bruit qui passe. Une seconde, ses yeux montent. Ils te traversent, se posent quelque part derrière ton épaule, redescendent. Il n'y a pas de mépris dedans. Le mépris demanderait qu'elle te trouve important. Ta voix, ta phrase, ton bon sens : tout ça pèse exactement le poids de la neige qui tombe dessus. Le seuil éclairé souffle son air tiède. Un client sort, te contourne. Tu es toujours planté là, dans le passage, à chercher quelque chose à dire à quelqu'un qui n'attend rien de toi.