Chapitre 115 Ce que tu réclamais
« Eh, je te parle ! »
Ta voix monte d'un cran, deux. Le froid la porte plus loin que tu ne voulais. Autour, deux têtes se tournent, un pas ralentit.
« C'est pas la peine de faire ta sourde. J'te demande rien, moi, juste — »
Tu ne finis pas. Parce que tu entends ce que tu es en train de dire, et que ça sonne faux même dans ta propre bouche. Tu réclames. Tu exiges une réponse. Toi qui viens de lui expliquer sa vie sans qu'elle demande rien, tu veux maintenant qu'elle te donne son attention, sa voix, quelque chose — comme si c'était dû.
Cette fois, elle relève la tête.
Complètement. La capuche glisse en arrière. Son visage sort de l'ombre, et elle te regarde, droit, sans se dresser ni se protéger. Elle a l'air fatiguée. Pas effrayée. Juste fatiguée, comme quelqu'un qui a fait ce calcul mille fois et qui sait ce que ça va coûter.
« Vous voulez que je dise quoi ? »
Sa voix est basse, sans colère. C'est une vraie question, posée à plat.
Et tu n'as pas de réponse.
Tu cherches. Rien ne vient. Parce qu'il n'y a rien — tu ne voulais pas qu'elle dise quelque chose de précis. Tu voulais qu'elle réagisse, c'est tout. Qu'elle te confirme que tu existes, que ta phrase avait du poids, que tu n'as pas parlé dans le vide. Tu voulais qu'elle te donne, elle, la seule chose qu'elle n'avait pas déjà perdue.
Elle attend une seconde encore. Puis elle rabat sa capuche.
« C'est bien ce que je pensais. »
Elle retourne à la rue, à la neige, à sa veille. Tu es toujours là, avec ta voix qui redescend toute seule, et cette réponse que tu réclamais — que tu as obtenue, et dont tu ne sais plus quoi faire.