Chapitre 117 Ce qui passe aussi

Tu restes. Le froid a trouvé sa place dans tes jambes, un engourdissement sourd qui ne fait plus mal, juste présent. La vitrine continue de déborder sa lumière blanche sur le trottoir. Il y a moins de monde qu'avant — les passages s'espacent, la rue se resserre autour de vous deux comme si elle se vidait doucement de tout le reste.

C'est dans ce creux qu'il apparaît. Un homme, la démarche mal assurée, qui remonte le trottoir en zigzaguant à peine, une bouteille à moitié dans la poche de son blouson. Il ne vous voit pas tout de suite. Puis son regard tombe sur elle, s'arrête, et quelque chose dans sa bouche se tord en un sourire qui n'en est pas un.

« Ben alors, on fait la manche avec un client attitré maintenant ? »

Il rit de sa propre phrase, un rire trop fort, mouillé d'alcool. Il ne s'adresse pas vraiment à toi — c'est elle qu'il regarde, qu'il jauge, avec cette assurance grossière de quelqu'un qui croit que le mépris ne coûte rien quand on vise plus bas que soi.

Elle ne bouge pas. Pas de recul, pas de crispation visible — juste une immobilité plus dure, plus fermée, celle de quelqu'un qui a déjà classé ce genre d'homme dans une catégorie connue, gérable, presque prévisible. Ses yeux ne cherchent pas les tiens. Elle ne demande rien.

L'homme titube encore un peu, s'arrête à quelques pas, hésitant entre continuer sa route et s'attarder pour savourer l'effet de sa phrase. Le lampadaire vacille au-dessus de vous trois. La neige continue de tomber, indifférente à qui vient de parler.

Il attend, lui aussi, en un sens. Voir ce que tu vas faire de ça.

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