
Chapitre 119 Ce que tu as choisi de trouver drôle
Le rire sort avant que tu aies eu le temps de le retenir. Court, nerveux, presque involontaire — le genre de rire qu'on fait par malaise plus que par envie, quand on ne sait pas quoi faire de son corps face à une situation qui déborde.
L'homme, lui, l'accueille comme un cadeau. Son sourire s'élargit, satisfait d'avoir trouvé un public. « Hein, je dis pas ça méchamment, » ajoute-t-il, encouragé, comme si ton rire venait de lui donner raison sur tout. Il enchaîne une autre remarque, plus grossière encore, et tu ne ris plus mais le mal est fait — il continue, porté par cette complicité que tu viens de lui offrir sans le vouloir vraiment.
Il finit par s'en aller, satisfait de lui-même, titubant dans la neige, sans savoir qu'il vient de te laisser porter seul le poids de ce moment.
Elle n'a rien dit pendant qu'il parlait. Mais maintenant qu'il est parti, elle relève la tête, et son regard, cette fois, se pose sur toi. Pas de colère bruyante. Juste un constat, net, sans appel.
« Vous pouvez partir aussi. »
Ce n'est pas une question. Elle ne hausse pas la voix, ne cherche pas à blesser. Elle referme simplement une porte, avec la même économie de gestes qu'elle met dans tout le reste.
Tu cherches quelque chose à dire. Rien ne vient d'assez solide pour défaire ce petit rire, ce réflexe bête qui a suffi à tout changer. Alors tu pars — parce qu'il n'y a plus rien d'autre à faire, et parce qu'elle vient de te le demander sans détour.
Le lampadaire vacille derrière toi. La neige continue de tomber, sur elle, sur ta silhouette qui s'éloigne, sur ce que tu viens de perdre sans même l'avoir vu venir.