Chapitre 125 Sans demander ton reste
Tu tournes les talons.
Personne ne te retient. C'est peut-être ça le plus humiliant — que ta sortie ne coûte aucun effort, qu'il n'y ait ni main sur ton bras, ni voix qui t'appelle, ni rien à forcer. La rue est ouverte devant toi et tu n'as qu'à y entrer.
Tu marches. Vite, pas trop. Assez pour être ailleurs, pas assez pour courir — parce que courir, ce serait avouer, et tu as encore le besoin ridicule de sauver quelque chose.
Mais il n'y a rien à sauver. Tu le sais depuis le premier pas.
Tu viens de dire, devant deux personnes, que ce n'était pas ce qu'elles croyaient. Et puis tu es parti. Sans attendre la suite, sans réclamer qu'on t'écoute, sans exiger qu'on te croie. Quelqu'un qui n'a rien fait reste. Il s'énerve, il insiste, il demande des comptes. Il ne s'évapore pas dans la neige à la première occasion.
Ton départ vient de dire ce que ta bouche refusait. Et il l'a dit mieux — plus clairement, plus vite, sans rien qui traîne.
Derrière toi, la porte automatique souffle. L'homme rentre au chaud. Elle reprend sa place contre le mur, avec ses pièces dans le poing.
Elle n'a pas eu à se battre. Elle a dit une phrase, une seule, et tu es parti.
Le froid entre dans ta gorge à chaque inspiration. Le coin de la rue arrive, l'avale, et la scène disparaît derrière toi comme si elle n'avait pas eu lieu.
Sauf qu'elle a eu lieu.
Et tu vas rentrer chez toi avec cette chose-là, qui n'a pas de nom précis : pas la honte d'avoir été surpris, pas même celle d'avoir voulu. Autre chose. La conscience nette que tu as eu une occasion de dire la vérité, une seule, avec deux témoins, dans le froid — et que tu as préféré marcher.