
Chapitre 121 Le mensonge qui ne prend pas
« Non, je vous assure, elle a mal compris. » Tu le répètes, plus fort cette fois, comme si la force pouvait remplacer ce qui te manque en vérité. « Je l'ai même pas touchée. »
L'homme en gilet ne bouge pas tout de suite. Il te regarde, longuement, et tu sens que chaque seconde de silence te coûte un peu plus. Puis il secoue lentement la tête — pas énervé, juste fatigué de cette scène qui traîne.
« Elle vient de me dire ce qu'il s'est passé. Je vois pas pourquoi elle inventerait ça. »
Ce n'est pas une accusation. C'est pire : c'est un constat, tranquille, qui ne te laisse même plus la place de discuter. Il l'a crue. Il ne va pas revenir dessus pour te faire plaisir.
Elle n'a rien ajouté. Elle n'en a pas besoin — son premier mot a suffi, et elle le sait. Elle reste là, le poing toujours fermé sur ses pièces, à regarder la scène se refermer sans elle avoir à y participer davantage.
« Bon, » dit l'homme. « Je crois qu'il vaudrait mieux que vous y alliez. »
Ce n'est pas un ordre crié. C'est ferme, posé, sans appel — le ton de quelqu'un qui a déjà décidé, et qui attend juste que tu comprennes que la conversation est close.
Tu cherches encore quelque chose à dire. Rien ne vient d'assez solide pour tenir face à ce silence à deux qui te repousse déjà vers la rue.
Tu pars. Derrière toi, l'homme rentre, la porte automatique souffle une dernière fois, et elle reste, seule, avec ce qu'elle vient de récupérer sans avoir eu à se battre pour ça — sa version, crue, et ta version, refusée.