Chapitre 111 Quatre mois

« Vous êtes là depuis quand ? »

La question sort sans que tu l'aies préparée. Tu l'entends dans le froid et tu comprends aussitôt qu'elle est double, que tu ne sais pas toi-même laquelle tu as posée — ce soir, ou tout le reste.

Elle prend le temps. Elle regarde la rue devant elle, pas toi.

« Depuis la tombée du jour. »

Elle a choisi. La question courte, celle qui ne coûte rien, celle qui parle d'une soirée et pas d'une vie. C'est fait proprement, sans esquive visible — la réponse est vraie, complète, et elle referme la porte sans la claquer.

Tu n'insistes pas. Il y a quelque chose dans sa manière de regarder droit devant qui dit exactement jusqu'où tu peux aller, et tu le lis pour une fois du premier coup.

Le silence revient. La neige tombe. Un peu plus loin, une voiture passe au ralenti, hésite à un carrefour, repart.

Et puis, alors que tu ne demandais plus rien :

« Quatre mois. »

Deux mots. Détachés, posés dans le froid comme les pièces sur le mouchoir — alignés, sans commentaire. Elle ne précise pas quatre mois de quoi. Elle n'en a pas besoin. Elle sait que tu as compris, et elle sait que tu sais qu'elle vient de te donner la grande réponse après t'avoir donné la petite.

Elle ne te regarde toujours pas.

C'est peut-être pour ça qu'elle a pu le dire. De profil, dans le noir, à quelqu'un d'assis par terre à côté d'elle — ce n'est pas la même chose que de le dire en face, à quelqu'un debout qui vous regarde d'en haut avec sa figure pleine de compassion.

Quatre mois. Tu essaies de compter à rebours, de mettre un mois dessus, une saison. Ça ne donne rien. Ça reste un chiffre, énorme et vide, qui contient cent vingt nuits dont tu ne sauras rien.

Elle a fini. Elle n'ajoutera pas.

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