Chapitre 11 Les pièces

Tu te baisses. Le geste est rapide, la main tendue vers le mouchoir, vers les quelques pièces que la neige a commencé à couvrir. Tes doigts n’y arrivent jamais.

« Non— ! »

Le cri jaillit, net, tranchant le silence ouaté de la rue. Sa main s’abat sur les pièces avant la tienne, les ramène contre elle d’un seul mouvement. Sa tête s’est relevée, la capuche a glissé, et son visage est là, tout proche, dur, les yeux grands ouverts.

« Touche pas à ça ! »

Ce n’est pas un appel à l’aide. C’est une sommation. Elle ne recule pas — elle se dresse, le dos contre le mur, et sa voix porte, plus haute que tu ne l’aurais cru, faite pour être entendue.

Et elle l’est.

Sur le seuil éclairé, une silhouette se retourne. La porte automatique souffle. Un homme en gilet sort de la supérette, déjà la tête tournée vers vous, vers toi.

« Eh ! Qu’est-ce qui se passe ? »

Le froid se fige autour de toi. Tout est allé trop vite — le geste, le cri, le regard de l’homme qui te cloue sur place. Tes doigts se sont refermés sur du vide, sur de la neige fondue, et tu te redresses avec ce vide dans la main et tous ces yeux sur toi. Elle te fixe, les pièces serrées dans son poing, le souffle court mais le menton haut. Elle n’a rien lâché.

L’homme en gilet avance.

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