Chapitre 83 Repartir
Tu pars. Le geste se fait doucement, sans raison de traîner davantage. Un pas, puis un autre, et la neige tassée reprend son craquement familier sous tes semelles.
Derrière toi, la lumière du seuil continue son travail — les portes, les clients, l'air tiède qui souffle à chaque passage. La rue reprend ses droits, avec ses bruits assourdis et ses halos tremblants. Tu remontes le col. Tu enfonces les mains dans les poches.
Quelque chose a eu lieu, là-bas, contre ce mur. Quelque chose que tu ne saurais pas bien nommer. Pas une conversation, pas vraiment. Pas une réconciliation non plus. Juste un instant où tu as essayé de remettre quelque chose à sa place — et où elle a regardé, sans te chasser, sans t'inviter.
C'est peu. Tu le sais.
La ville reprend sa course autour de toi. Un feu qui passe au rouge sur une avenue vide. Une fenêtre éclairée, au troisième, où une silhouette traverse sans s'arrêter. La neige continue de tomber sur tout ça, indifférente, sans distinguer ce qui compte de ce qui ne compte pas.
Tu ne te retournes pas. Il n'y a rien à voir qui changerait la marche. Elle est là, dans ton dos, à sa place, à continuer ce qu'elle avait à continuer. Et toi tu continues aussi, dans l'autre sens, avec ce que tu emportes.
Pas grand-chose. Peut-être juste ça : que tu as essayé.