Chapitre 27 Ce qui ne se recouvre pas
Tu t'éloignes. Tu ne cherches pas de raison — tu sais très bien pourquoi tu pars, et c'est justement ce que tu préfères ne pas regarder en face. Alors tu marches. Un pas, puis un autre, et la neige tassée craque sous tes semelles comme si de rien n'était.
Derrière toi, rien ne te rappelle. Pas un mot, pas un cri. Elle n'est pas du genre à dépenser sa voix pour quelqu'un qui s'en va — elle a déjà rangé l'instant quelque part, avec tous les autres du même genre. Un de plus. C'est peut-être ça, le pire : que ça ne lui fasse même pas un événement.
La lumière de la vitrine décroît dans ton dos. Le froid revient, occupe la place, mais il ne nettoie rien. Ce que tu emportes n'est pas dans l'air — c'est en dedans, une petite chose acide qui ne fond pas.
Tu voudrais que la marche efface. Que chaque mètre mette de la distance non seulement avec le mur, la capuche, le mouchoir, mais avec le geste lui-même. Ça ne marche pas comme ça. Le geste, lui, reste. Il t'a suivi dans la rue, il rentrera avec toi.
La ville continue autour de toi, indifférente, pleine de fenêtres jaunes et de gens qui n'ont rien vu. Personne ne te demandera de comptes. Personne, sauf peut-être toi, plus tard, dans un moment de silence où ça remontera.
Tes traces se comblent derrière toi. Mais certaines choses ne se recouvrent pas de neige.
Tu tournes le coin. La rue disparaît. Elle reste, quelque part dans ton dos, avec ce que tu lui as laissé.