Chapitre 153 La même chose
Tu lui tends le sien. Elle le prend — un geste simple, sans commentaire, elle a compris à la seconde où elle a vu les deux sacs.
Puis tu t'assieds.
Tu ne demandes pas. Tu plies les jambes et tu descends à côté d'elle, contre le même mur, à un demi-mètre. C'est fait avant que tu aies pesé ce que ça engage.
Elle décale ses jambes. Juste ce qu'il faut pour que tu puisses t'installer sans la toucher. Le geste est rapide, utilitaire, celui qu'on fait dans un bus quand quelqu'un s'assoit à côté. Il ne dit ni oui ni non.
Le froid du sol arrive tout de suite. Il traverse le tissu, monte le long des cuisses, et tu comprends en une seconde ce qu'elle encaisse depuis le début de la soirée. Le mur est humide dans ton dos. Tu cherches l'angle, tu ne le trouves pas. Elle, elle l'a trouvé il y a longtemps.
Tu viens de prendre un bout de sa place. C'était la sienne, ce mètre carré. Elle ne te l'a pas offert.
Elle ouvre son sac.
Le plastique craque, l'opercule se décolle, la barquette libère un peu de vapeur dans le froid. Le bruit est ridicule, énorme dans la rue silencieuse. Tu ouvres le tien, et c'est exactement le même son, une demi-seconde plus tard.
Voilà. Vous mangez.
Personne n'a rien dit. Pas un mot depuis que tu es revenu du magasin. Il n'y en a pas besoin — il y a deux barquettes identiques, deux personnes assises au même endroit, le même froid qui monte du même trottoir.
Un couple passe devant vous, revient de quelque part, parle fort. Leurs regards glissent, ne s'arrêtent pas. Ils ne voient pas quelqu'un qui aide quelqu'un. Ils voient deux personnes par terre.
C'est peut-être la première fois de la soirée que personne ne peut dire lequel des deux donne à l'autre.
La neige tombe sur le couvercle de ta barquette et fond en touchant la chaleur.