Chapitre 149 C'est pour vous

« Tenez, c'est pour vous. »

Tu accompagnes la phrase d'un sourire. Un vrai, d'ailleurs — tu es content de ce que tu fais, et ça se voit, et pourquoi le cacher.

Elle relève la tête.

Il y a un temps. Court, mais il existe. Le temps qu'il faut pour comprendre ce qu'on attend d'elle.

Puis le sourire arrive. Il monte, s'installe, tient. « Merci, c'est gentil. » La phrase complète, avec le bon ton, la bonne inclinaison de tête, le regard qui croise le tien juste assez longtemps.

C'est exactement ce que tu espérais.

Et c'est faux.

Tu l'as vu se fabriquer, ce sourire. Tu étais là, tu regardais son visage, tu as vu le temps mort d'abord et le sourire ensuite — dans cet ordre-là, pas dans l'autre. Ça ne vient pas d'elle. Ça vient de ce que tu viens de lui demander sans le dire.

Parce qu'un sandwich, ça se prend. Un cadeau, ça se reçoit. Et recevoir, c'est du travail : il faut lever les yeux, remercier comme il faut, montrer que ça touche, rassurer celui qui donne sur le bien qu'il vient de faire. Tu ne lui as pas seulement apporté à manger. Tu lui as donné quelque chose à jouer.

Elle sait le faire. Elle le fait tous les jours, pour tous ceux qui ont besoin de repartir contents.

Le sandwich a changé de main. Elle le pose sur ses genoux, sans l'ouvrir, et son visage redescend doucement vers son état d'avant — sans le sourire, sans la chaleur, sans rien de ce qui vient d'être dépensé pour toi.

Tu as ton merci. Il est là, dans l'air froid, exactement à l'endroit où tu l'attendais.

La neige tombe entre vous. Le lampadaire vacille. Tu ne sais pas très bien pourquoi ce merci pèse si peu.

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