Chapitre 145 Posé

Tu te penches, et tu poses ce que tu as apporté sur la neige, à côté d'elle.

Pas dans ses mains. À côté. Dans cet espace entre son épaule et le mur où il y a juste assez de place, là où elle n'aura qu'à tendre le bras.

Tu ne dis rien. C'était l'idée — ne rien dire, pour ne pas faire de cérémonie, pour que le geste reste léger, pour qu'elle n'ait ni à répondre ni à se justifier. Un dépôt discret, sans dette.

Tu te redresses.

Elle n'a pas bougé. Elle regarde ce que tu viens de poser, là, par terre, à quinze centimètres de sa jambe. Elle ne tend pas la main. Elle ne lève pas les yeux vers toi.

Et le silence, qui devait être délicat, se met à durer.

Personne ne lui a parlé. Il n'y a pas eu de question, pas de proposition, pas même un regard qui aurait dit : c'est pour vous. Il y a eu quelqu'un qui s'est penché, qui a déposé une chose, et qui s'est relevé. Elle ne peut pas remercier — il n'y a personne à remercier. Elle ne peut pas refuser — personne ne lui a rien offert.

Le paquet est dans la neige. Elle prend un peu d'humidité par le dessous, doucement, comme tout ce qui traîne sur ce trottoir. Comme le mouchoir devant elle, comme les pièces dessus.

C'est ça que tu regardes maintenant, et tu voudrais ne pas le voir : ce que tu as acheté au chaud, sous la lumière blanche, est devenu une chose par terre.

Ton silence ne l'a pas épargnée. Il t'a épargné, toi. Tu n'as pas eu à croiser son regard, à trouver le ton, à risquer la phrase de trop. Tu as fait le geste et tu t'es retiré du geste dans le même mouvement.

Elle relève les yeux, enfin.

Elle ne dit rien non plus. Elle attend de voir si tu comptes rester muet.

145
★ ★ ★ ★ ★
Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !