Chapitre 137 Plus fort
Tu insistes.
« Non mais attendez, c'est quand même votre entrée. Vous allez pas me dire que ça dérange personne. »
Ta voix a monté d'un cran. Pas beaucoup — juste assez pour qu'elle cesse d'être une confidence au comptoir et devienne quelque chose que la file entend. Et la file entend.
Derrière toi, une femme relève la tête de son téléphone. Un homme qui posait ses articles sur le tapis s'arrête, la main en l'air, et regarde ailleurs avec application. Le magasin ne s'est pas tu — les frigos ronronnent, la musique continue — mais quelque chose s'est refermé dans l'air, cette manière qu'ont les gens de se rendre absents quand quelqu'un fait une scène.
La caissière ne répond pas. Elle a déjà répondu une fois. Elle prend l'article suivant, le passe, le bip tombe entre vous comme un point final.
C'est quelqu'un d'autre qui parle. Un client, deux places derrière, sans lever les yeux de son panier :
« Elle vous a rien fait. »
Quatre mots, dits à personne, sur le ton dont on constate qu'il pleut. Il ne cherche pas la dispute. Il ne te regarde même pas. Il ferme juste la porte que tu essayais de tenir ouverte.
Tu attends un appui. Un hochement de tête, quelqu'un qui trouve que tu n'as pas tort. Rien ne vient. Personne, dans ce magasin, ne veut être avec toi sur ce coup-là.
Et tu es debout au milieu, avec ta phrase qui traîne, à réclamer qu'on chasse quelqu'un qui n'a rien demandé.
Par la vitre, au bout de l'allée, elle est toujours là. Le dos contre le mur, à sa place, sous la neige qui tombe droit. Elle n'a rien entendu. Elle n'a même pas su qu'on parlait d'elle une deuxième fois.
La file avance. On attend que tu bouges.