Chapitre 127 Devant lui
« C'est vrai. »
Deux mots, et le froid les prend aussitôt. Tu ne les as pas préparés — ils sont sortis parce que la version que tu tenais était en train de s'effondrer toute seule, et que la porter une seconde de plus demandait plus d'énergie que de la lâcher.
« Je me suis baissé pour prendre l'argent. »
L'homme en gilet ne réagit pas tout de suite. Il te regarde, et quelque chose dans son visage se déplace — pas de la clémence, de la surprise. Il s'attendait à ce que ça dure. Les gens ne reconnaissent pas. Ils expliquent, ils minimisent, ils inventent un contexte. Toi, tu viens de poser la chose sur la table, entière, sans emballage.
Il souffle par le nez. Regarde la rue, puis toi.
« Bon. »
Un mot. Rien d'autre. Ça veut dire : c'est réglé, allez-vous-en, on ne va pas y passer la nuit. Il n'appelle personne, ne te menace pas, ne te fait pas la leçon. Il recule d'un pas vers la porte, hésite, puis rentre. L'air tiède souffle une dernière fois derrière lui.
Et voilà. L'incident est clos.
Sauf qu'il ne l'est pas.
Parce que tu viens de dire la vérité à un homme en gilet. Un homme qui n'a rien perdu ce soir, qui rentre au chaud, qui aura oublié demain. Tu as réglé l'affaire avec celui qui pouvait te causer des ennuis.
Elle, elle est toujours là. À un mètre. Assise contre le mur, le poing encore fermé sur ses pièces.
Elle a tout entendu. Elle n'a pas bougé.
Ton aveu lui est passé au-dessus de la tête, exactement comme la conversation d'avant. On a parlé d'elle, puis on a parlé de ce que tu avais fait d'elle, et à aucun moment on ne lui a parlé à elle.
Elle lève les yeux. Elle attend de voir si ça s'arrête là.