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Guillaume Valentin en 9 dates-clés:
4 novembre 1985: naissance à Fournes-en-Weppes (59)
12 Novembre 1992: premières plaintes contre X pour mutilations spectaculaires et mises en scène macabres de chats et chiens des communes aux alentours
21 Juillet 1996: mort “accidentelle” de Pauline Evard, cousine de Guillaume Valentin lors d’un mariage
02 Février 2006: décès de ses parents lors d’un accident de voiture
03 Mars 2006: première vague de tueries avec le massacre dans l’orphelinat de jeunes filles de Crépy-en-Valois (60)
13 Août 2011: mariage avec Laura Saltz à Saint-Nabord (88), commune de naissance de la jeune femme
24 Décembre 2016 : assassinat de son épouse en Belgique dont le meurtrier reste aujourd’hui inconnu
14 Février 2017: découverte de douze corps d’enfants et de leur baby-sitter éventrés et énucléés à Nancy (54) dans quatre maisons différentes.
18 Novembre 2017: arrestation de Guillaume Valentin à Pontarlier (25) alors qu’il tentait de fuir en Suisse
Guillaume Valentin en quelques chiffres:
19… C’est le nombre de disparitions d’enfants en Belgique, Suisse et France attribuées à Guillaume Valentin
22… C’est le nombre d’enquêteurs ayant travaillé sur le cas Valentin
38… C’est le nombre d’animaux retrouvés les pattes arrachées entre Novembre 1992 et Juillet 1996
45… C’est le nombre de meurtres reconnus par Guillaume Valentin
65… C’est le nombre de meurtres présumés du criminel
175… C’est le nombre de Unes de journaux qui lui ont été consacrées depuis le massacre de l’orphelinat de Crépy-en-Valois (60)
1 350… C’est le nombre d’années de prison théoriques dont a écopé Guillaume Valentin à l’issue de ses procès
4278… C’est le nombre de jours en cavale de Guillaume Valentin
Entretien exclusif avec Guillaume Valentin :
C’est un vendredi à 14h que Guillaume Valentin accepte de nous rencontrer. Compte tenu du risque, l’inspectrice Alurg, celle qui a débusqué le criminel jusqu’aux frontières suisses, tient à nous accompagner pour assurer notre sécurité. L’inspectrice, 46 ans, l’air revêche et fatigué nous prévient rapidement: “-Ne le laissez jamais vous parler de vous-même ou de votre vie privée: il a tendance à l’utiliser très rapidement contre vous. Et ne vous laissez pas avoir par ses manières courtoises: n’oubliez pas qu’il a un sacré palmarès de meurtres et de tortures !”.
C’est dans une atmosphère silencieuse et pesante que cet entretien commence:
Bonsoir monsieur Valentin ! Avant toute chose, je tiens à vous remercier pour avoir accepté de me rencontrer et d’informer notre fidèle lectorat sur votre version de l’histoire !
Bonsoir, inspectrice. Toujours aussi agréable à l’oeil. Bonsoir monsieur… Antard, c’est bien ça ? Enchanté de découvrir quelle personne se cache derrière vos articles. Quoique le dernier me paraissait un peu creux. Vous vous sentez un peu fatigué, non ?
Je suis ravi de comprendre que vous lisez notre presse assidûment ! Et quel genre de rubrique préférez-vous dans notre Gazette United ?
Vous savez, les loisirs sont assez réglementés et limités ici mais j’arrive toujours à trouver une seconde vie à beaucoup d’objets: quand je trouve les articles sans intérêt ou mal écrits, il m’arrive de les utiliser à des fins moins traditionnelles. Ainsi, j’ai découvert que votre HS de l’an dernier avait l’épaisseur nécessaire pour caler le pied gauche de mon lit. Et vos pages concernant les innovations technologiques sont parfois assez douces pour être utilisées quand le papier hygiénique vient à manquer.
(Il me scrute longuement.)
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Sinon, je trouve que votre rubrique des faits divers est agréable à parcourir, au moins autant que votre rubrique “Courrier du Coeur”, qui, elle, est vraiment distrayante. Je crois comprendre que vous aviez trouvé sa rédactrice distrayante également, monsieur Antard. (rires)
Quand vous dites que vous arrivez à trouver une seconde vie aux objets, est-ce une façon de souligner votre intérêt pour l’écologie ou en tout cas, un refus du gaspillage ? Vous avez été éduqué en ce sens ?
Je serais tenté de dire, monsieur Antard, que contrairement à beaucoup d’entre vous, j’ai été éduqué tout court. Mes parents n’aimaient pas la sur-consommation, il est vrai: ils trouvaient toujours que le monde offrait trop de tout: trop de distractions, trop de gâchis, trop d’énergie dépensée pour illuminer des bâtiments ou des salles inutiles, trop d’eau gaspillée, trop de sucres dans la nourriture, trop de choix. Mes parents, emplis de sagesse, avaient oublié de souligner que les humains étaient trop, tout court.
C’est ce qui vous motivait pour tous ces meurtres ?
Peut-être…
(silence)
Les gens sont si obsédés par le calme, la lente poursuite des choses, la logique. Mais moi, je refuse simplement de rentrer dans ce moule: depuis bien longtemps je sais que je suis singulier et je ne parle pas simplement de mes multiples talents ou de mon intelligence hors-norme. Je suis également doté d’une très très grande sensibilité. Dites-moi, monsieur Antard, diriez-vous que vous êtes sensible ?
Et bien, de façon modérée, je pense, oui. Comme la plupart des gens, je n’aime pas voir un semblable souffrir et j’aime les belles choses.
Les belles choses ? Est-ce ainsi que vous décririez les belles femmes ? (rires)
Non, ce n’est pas ce que je voulais dire…
Vos pensées sont troublées à ce que je vois. Enfin, vous ne serez jamais aussi perdu que dans votre article sur les jumeaux dits “cannibales”. Voyez-vous, vous aviez décrits ces jumeaux parasites comme étant de simples suceurs d’organes, faisant fi des récentes découvertes scientifiques. Vous vous étiez nourri de culture populaire et pire: vous aviez surfé sur la mode des superstitions. Mais bon, je suppose que chacun peut commettre des erreurs de jugement. Je suis dans ce cas clinique: je suis né en ayant littéralement pompé
l’énergie de mon jumeau et pourtant, je suis physiquement et psychologiquement bien plus fort que la plupart des individus que vous croiserez dans votre… carrière.
Vous aviez côtoyé la mort depuis votre plus jeune âge, donc.
En effet. (sourire)
Comment vivez-vous votre incarcération vous qui avez aimé voyager ?
Si vous faites allusion aux différentes localisations de mes petites parties [NDLR, dans chacun de ses témoignages, Guillaume Valentin aimait à surnommer ses assassinats, ses “petites parties”] , en effet, j’ai aimé voyager. Mais enfin, je ne suis pas allé au fin fond de l’Ouganda non plus. Si vous voulez mon avis, je trouve assez surprenant que ces enquêteurs -ne le prenez pas mal, inspectrice Alurg- aient mis autant de temps à me retrouver. Il aura fallu un esprit comme le vôtre, Inspectrice, pour me mener ici. Et vous revenez accompagner des journalistes. J’espère que votre sens du devoir cache autre chose, en réalité. (sourire suivi d’un silence)
Sinon, je m’accommode. J’ai une extraordinaire faculté d’adaptation, vous savez. (sourire)
Et puis, qui sait de quoi demain sera fait ? De quels faits divers vos pages seront remplies ? (rires aigus)
La majorité de vos victimes étaient des femmes et des enfants, la presse ne tarit pas d’adjectifs cinglants à votre sujet et des menaces de mort publiques fleurissent toutes les semaines sur le net, vous concernant.
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Vous avez enflammé le pays avec vos déclarations polémiques sur “la tendresse des jeunes chairs” et la facilité avec laquelle vous aviez manipulé ces enfants. N’avez-vous pas l’impression que toute rédemption semble impossible ?
Pourquoi devrais-je chercher la rédemption ? Pour satisfaire les simples d’esprit, les tenants du bon goût ? Et puis, ces aboyeurs, qui semble peu apprécier mon potentiel d’imagination ne tentent-ils pas d’influencer la majorité des gens pour cacher la triste réalité des choses qui est que nous ne sommes pas égaux ? Au fond, ces enfants choisis par mes soins lors de mes petites parties sont des élus: les élus de la survivance. Ils méritent leur place ici-bas.
Vous sentez-vous comme un substitut de Dieu ?
Quel être de ma teneur ne le serait pas ?
Bon, et bien, je ne vais pas plus abuser de votre temps, monsieur. Je vous remercie pour cet entretien instructif. A n’en pas douter, votre histoire fera encore couler beaucoup d’encre. Au revoir, monsieur Valentin.
Au revoir, monsieur Antard, ce fut un plaisir. Inspectrice, vous portiez votre parfum floral avec beaucoup d’élégance, oubliez ce parfum vanillé.
Malheureusement, je serai dans l’incapacité de vous raccompagner jusqu’à la porte. (rires)
Propos recueillis le Vendredi 5 Octobre 2018, par L. Antard pour la Gazette United.
Portrait d’une survivante:
Sarah Vincent avait 10 ans en 2006. Elle était alors dans l’orphelinat pour jeunes filles de Crépy-en-Valois dans l’Oise, lorsqu’un homme armé y fit irruption et s’attaqua au personnel. Les premiers coups de feu se firent entendre, et le son agréable des rires des enfants ne devinrent plus qu’un lointain souvenir. Il entrait dans chacune des chambres, choisissait celle qui était “la plus à son goût” , et tuait les autres. Dans la deuxième chambre du troisième étage, la survivante- qui était une petite fille blonde, haute comme trois pommes- était pétrifiée. C’était Sarah Vincent. Elle a accepté de nous raconter, sans ménagement, ce qu’il s’est passé.
“ Lorsque nous entendîmes les premiers cris, nous étions en train de jouer aux cartes. Je me souviens avoir ouvert une porte, et avoir vu Madame Lena, qui était la personne la plus gentille au monde, en sang, et nous dire de bloquer la porte avec tout ce qu’on pouvait trouver. Mais, nous n’eûmes pas le temps de nous cacher, qu’un homme, armé d’un couteau et d’un pistolet, était au bout du couloir, et courait en notre direction. Rapidement, il fut dans notre chambre. Il nous ordonna de toutes nous asseoir et nous déshabiller. Nous ne comprenions pas pourquoi ! Mais nous avons très rapidement compris, lorsqu’il tira sur ma meilleure amie, Lise, et cria : “-Voilà ce qui va arriver si vous ne le faîtes pas !!”. Nous nous exécutîmes. Nous étions environ une dizaine, dénudées sur ce lit. Et le massacre commença, il nous regardait, il riait, (elle se mit à rire, lorsqu’elle nous racontait qu’il n’arrêtait pas de rire, “hihihihihihi”). Mais il nous touchait, il se touchait, et il nous éliminait une par une. J’étais la dernière survivante. Il ferma alors la porte, et, je n’avais pas compris ce qu’il se passait à l’époque, mais c’est très clair maintenant: il m’a violée. Pendant de longues minutes... Il me frappait, me tirait les cheveux, me criait dessus... Quand il en eût assez, j’ai pensé subir le même sort que mes camarades. Mais il me caressa les cheveux, me dit que nous allions “nous revoir un jour”, et partit. Je suis restée immobile, dans le lit, consciente de chaque seconde qui s’écoulait, mais il m’était impossible de bouger, de parler. J’avais terriblement mal. Il m’a fallu plus d’un mois pour prononcer le moindre mot. Je vis depuis en essayant de me reconstruire, mais je n’oublierai sa voix, ses gestes, ses “hihihi”, et surtout, ses derniers mots.”
? La Dame en noir et Votre pire cauchemar
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